horloge

Les fonctionnaires sont faciles à motiver…

Cet article est le n° 1 sur 2 dans la série : motivation fonctionnaire

Vous remarquerez que l’image choisie pour illustrer cet article est une horloge ! C’est le seul élément qui n’est jamais voler dans les administrations parce que tout le monde a les yeux dessus. Quelle est la différence entre fonctionnaire et un chômeur ? Y’en a un des deux qui a déjà travaillé…Ou encore le jeu préféré du fonctionnaire : le mikado, le premier qui bouge a perdu…pouf, pouf.

Voilà, comme ça c’est fait, maintenant que l’on a sorti son paquet de blague sur la fonction publique, nous allons enfin pouvoir parler sérieusement des motivations des fonctionnaires. C’est vrai lorsque l’on accole ces deux mots motivation ou travail à fonctionnaire, on a généralement droit à son petit lot de blagues pétries de préjugés. Honte à moi, je suis le premier à les distiller un peu partout, car comme disait Cl. Levi-strauss, il ne faut pas détruire un mythe. On peut se poser la question, le fonctionnaire est symboliquement une aberration dans nos cultures capitalistes : un type se lève tous les matins pour aller travailler pas forcément pour l’argent, pas pour la gloire non plus, très peu pour la reconnaissance de son prochain et pas non plus, comme on l’entend, pour le pouvoir. Le mythe est donc né, s’il ne travaille pas pour ça, c’est qu’il ne travaille pas du tout… 1. Mais ce n’est pas le sujet.

Au contraire de ces pensées, et aussi parce que je suis moi-même fonctionnaire vous me direz que mes arguments sont biaisés, chaque fois que j’affirme que les fonctionnaires sont les gens les plus faciles au monde à motiver, on me sourit, poliment. Et pas motivé que pour faire la grève : on a dit que l’on arrêtait avec les blagues… Je vais donc essayer de montrer pourquoi.

Une fois de plus, il s’agit de mon point de vue, avec ses erreurs et approximations liés à mon expérience et mon intuition, n’hésiter pas à commenter ou me contacter pour en parler ou donner votre point de vue.

La motivation en général

Les théories sur la motivation sont nombreuses, au moins 101 d’après Fabien Fenouillet  que je me permet de citer pour définir la « motivation » :

Il n’existe pas une seule forme de motivation. La motivation est avant tout un terme générique, généralement utilisé à défaut d’une spécification plus précise sur la nature exacte de la force qui produit un comportement ou une action. En fonction du contexte, d’autres termes peuvent être utilisés pour définir plus précisément la nature de cette force. Les notions telles que « but », « besoin », « émotion », « intérêt », « désir », « envie », et bien d’autres encore, peuvent être utilisées pour une description plus précise.

Les conceptions théoriques qui permettent d’expliquer la motivation de l’individu sont multiples (au moins une centaine) et pour beaucoup multifactorielles. Les variables qui permettent de comprendre l’origine de la motivation sont, elles aussi, non seulement innombrables mais peuvent aussi être internes (comme les attributions ou les traitements automatiques de certaines informations) ou externes (comme une récompense).

Nous voyons ici poindre l’idée des motivations intrinsèques et extrinsèques, que j’explique plus loin.

Cette autre définition 2 nous éclaire sur la difficulté de saisir l’étendue du problème : « La motivation répond donc moins à un besoin et s’identifie davantage à un processus complexe de production d’un effort à fournir afin d’atteindre un résultat réalisable et intéressant. »

trop de concepts tue le concept
trop de concepts tue le concept

Alors difficile de faire un résumé et de ne pas parler de besoins en regard de la motivation, ou plutôt les motivations, on peut toutefois cité les aspects les plus connus :  Maslow (qui n’a jamais fait de pyramide), la théorie ESC d’Alderfer (les besoins d’existence, de sociabilité et de croissance), la théorie des besoins centraux de Mc Clelland (besoins d’accomplissement, de pouvoir et d’affiliation), Herzberg qui me semble simple et bien adapté à notre contexte, et le fabuleux Manfred Max-Neef ,etc.

Je vais m’attarder sur Eric Berne, faire appel à un psychiatre en management est un peu beaucoup, je vous l’accorde, et même dangereux, mais gardons de lui 3 besoins à satisfaire :

  • le besoin de stimulation : richesse des missions, de « choses » stimulantes,
  • le besoin de reconnaissance : être reconnu par les autres, ses pairs ou non,
  • le besoin de structure : ce que j’appelle des points de repères, structure temporelle, matérielle et intellectuelle.

Oserais-je le rapprochement avec la théorie de l’autodétermination, qui relève 3 besoins également :

  • le besoin de compétence : la personne produit les effets qu’elle souhaite, ce qui la stimule,
  • le besoin de relation sociale : se sentir connecté aux autres, d’être attentif à autrui et d’avoir un sentiment d’appartenance à la fois aux autres individus mais aussi à des communautés de personnes,
  • le besoin d’autonomie ou d’autodétermination : nous sommes à l’origine de notre propre comportement, nous décidons et assumons nos actions en cohérence avec nos valeurs.

On voit immédiatement des points communs, j’en remet une couche en vous parlant de Bruno Frey, économiste, qui a fait une méta analyse de la motivation intrinsèque 3, il en ressort :

  • l’intérêt de l’activité : plus une tâche est intéressante, plus la motivation est forte
  • le niveau de relation interpersonnelles : plus une relation entre responsable et subordonné est personnelle, plus la motivation est importante
  • le sens donné à la récompense : plus une récompense est ressentie comme moyen de contrôle, moins la motivation est grande
  • la récompense ou le contrôle : les deux peuvent détruire la motivation, les récompenses moins forts et vite que le contrôle ou la punition.

Il ressort de ses différentes approches une sorte de fil rouge autour de l’intérêt de la tâche, de la relation, de la reconnaissance (et de son corollaire de récompense ou punition), et d’autonomie (et sa limite qu’est le contrôle). Cela est vrai pour tout le monde, les fonctionnaires sont-ils alors si différents des autres humains 4 ?

La motivation du fonctionnaire

Si on n’en croit les nombreux ouvrages et publications sur le sujet (réf. dans l’article suivant), oui, l’homo fonctionnarius n’est pas régis par les mêmes lois que le commun des mortels quand il s’agit de motivation.

Il existe même une approche théorique particulière appelée : les motivations de service public. Et vu que l’approche est longue et compliquée, je vous emballe le tout dans un autre article.

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notes

  1. « Il faut réfléchir sur les rites et sur les mythes, parce que réfléchir sur les mythes, et sur les mythes des sociétés victimes de la civilisation occidentale, c’est réfléchir sur des modes de vie et de pensée, autres que ceux qui sont imposés[…] par la société prédatrice et destructrice des autres civilisations »Claude Levi-strauss
  2. Thibaut Duvillier et Alexandre Piraux, « Introduction », Pyramides [En ligne], 4 | 2001, mis en ligne le 29 septembre 2011, consulté le 12 avril 2016. URL : http://pyramides.revues.org/503
  3. liste tirée du livre les entreprises humanistes de Jacques Lecomte, p.44
  4. attention, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit…