chef orchestre

Jamais d’équipe sans chef

Une fois de plus, je vous livre ma façon, toute personnelle, de penser l’équipe et le chef. Je pourrais me raccrocher à une somme astronomique de théorie sur le team-building, le leadership contre manager, du servant-leadership, des théories U, LMX… ou autre libération des entreprises.

Une simple recherche sur le web et vous aurez des dizaines de sites  sur les tendances actuelles à la suppression de la hiérarchie, des managers. Est-ce bien raisonnable ? Je ne sais pas mais j’ai ma petite idée.

Je hais la hiérarchie

Oui, dis comme ça, c’est brutal. Rien que l’étymologie du mot me laisse plus que dubitatif : pouvoir sacré, c’est un peu trop. La hiérarchie dans le travail ne sert donc pas à grand chose, elle n’est pas la garante de la compétence, ni du pouvoir, ni du travail bien fait. Elle représente souvent plus un frein qu’un vecteur de progrès, bastion des petits chefs (et je dis alors que je suis chef), elle déresponsabilise tout en créant de la frustration. La majorité de ces défenseurs que j’ai rencontré veulent surtout conserver leur place et leur pseudo-pouvoir de position. Être au sommet d’une pyramide ne fait pas de vous le type le plus écouté ou le plus respecté de la boîte, c’est même parfois le contraire.

Bref, vous avez compris les systèmes pyramidaux m’exaspèrent. Par contre, je pense pas que l’on puisse se passer de chef.

Je dis « chef » comme « à la tête de », j’aime bien ce mot, je le préfère à leader, manager, dirigeant… mais vous pouvez le remplacer par celui qui vous plait dans le reste du texte, sauf peut-être « concombre », sinon cela veut rien dire « jamais d’équipe sans concombre ».

Une équipe avant tout

Lorsque cela est possible, il est indispensable de faire fonctionner le travail en équipe. Il est plus efficace de réfléchir à plusieurs, de capter tous les points de vue et de partager le travail, les ennuis et les succès. Même si je ne suis pas chrétien, et qu’il est facile de détourner un texte hors contexte, je dirais que depuis la bible, on sait qu’ :« Il n’est pas bon que l’homme soit seul» 1. Pour apprendre, pour vivre, pour travailler, nous avons besoin des autres.

Le problème est la superposition des couches, supprimons les couches intermédiaires. Des équipes modestes au plus près des directions, cela évite la perte en ligne de l’information et les intermédiaires qui ne servent qu’à compter les points entre le haut et le bas.

Quand je parle d’équipe, je parle d’une organisation par groupe plus ou moins autonome qui vont réguler leur propre travail vers un objectif ou un but commun. Tout un art de constituer un groupe qui s’entend et qui est compétent, mais j’y reviendrai sûrement plus tard. Le chef est indispensable à l’esprit de groupe et son rôle est de mettre de l’huile dans les rouages humains.

C’est quoi un « chef » ?

Ne vous laissez pas abuser par les titres des revues ou des livres à la mode en ce moment, entreprise sans hiérarchie à la rigueur, entreprise sans manager, non. Partout dans les groupes démocratique, sociocratique, holacratique, etc, il y a un leader, un chef, appelé facilitateur, entraineur ou peu importe.

Dans tous les groupes constitués, il y a forcément une personne qui prend le dessus2 celui que tout le monde regarde, attend de savoir ce qu’il en pense lui, avant de prendre une décision même collective. Je me souviens d’un reportage sur les entreprises libérées, on y voyait des ouvriers discutés entre eux de leurs futurs congés, même si personne n’impose les congés, il y en a 1 à la fin qui finit par rappeler les discussion et les décisions prises. Le dernier qui vient de parler est le chef sans avoir le nom, il y a de grande chance que le jour où il faut trancher, ce soit lui qui le fasse.

Et même si plusieurs points du management de fayol 3 ne sont plus d’actualités, le principe (le 4) de l’unité de commandement : un agent ne peut avoir qu’un chef me semble opportun. Rien de pire que d’avoir plusieurs chefs, le chef hiérarchique se fera toujours pousser par le chef naturel s’il n’est pas bon, c’est presque anthropologique.

C’est quoi un « bon » chef ?

boss vs leader
boss vs leader

Pour moi, le chef n’est pas au dessus des autres mais parmi les autres. J’ai l’habitude de dire qu’un bon chef sait faire le travail de ses collègues : cela permet de savoir s’il demande l’impossible ou pas.

De plus, on impose pas un chef, tous les exemples que j’ai vu ce sont soldé par des échecs, plus ou moins prononcé ou latent, mais des échecs. Longtemps, on m’a dit de respecter ma hiérarchie, j’ai respecté des personnes qu’il le méritait à mes yeux, jamais un grade ou une fonction, mauvais pour ma carrière, apparemment.

Un chef doit obtenir le respect de son équipe. C’est un terme un peu désuet et finalement peu utilisé dans le management mais je pense qu’il s’agit de la notion clé : LE RESPECT. Pas de confiance sans respect

Comment obtenir le respect ?

On est presque  dans une démarche psychologique, dans la thérapie personnelle, de groupe, de couple ou autre.

Le respect est avant tout mutuel. Il est important de se respecter et de respecter les autres. Il faut pour cela apprendre à mieux se connaître tous ensembles, on ne dirige pas des gens que l’on ne connait pas.

Chaque point pourrait faire l’objet d’une dissert de philo, j’en ai sûrement oublié. Je vous livre en vrac :

  • Un chef sait qu’il est le chef : c’est important, rien de pire qu’un chef qui s’ignore
  • Écouter les autres : laisser vos collaborateurs parler, écouter sans interrompre, soyez ouvert à la critique. On ne voit pas, ou rarement, ses propres erreurs, mais c’est en connaissant ces erreurs que l’on peut les corriger.
  • Savoir dire NON : connaître les limites des uns et des autres est une façon de ne pas les franchir et donc de se respecter. Attention, il faut savoir dire oui aussi.
  • Parler vrai, dire ce que l’on pense : pas de commérage, pas de mensonges, éviter les non-dits, parfois dire la vérité fait mal mais personnellement, je préfère savoir ce que les gens pensent, pas vous ?
  • Tenir paroles, honorer toujours vos promesses : pas besoin de commenter, qui respecte les gens pas fiables ?
  • Soyez bon dans la technique, la pratique de votre art : les gens compétents sont les plus respectés, c’est le point qui demande malheureusement le plus de temps à acquérir.
  • Ne pas être indispensable : agir comme si demain vous n’étiez plus là, transmettre ce que l’on sait, ce que l’on fait.
  • Soyez exemplaire : je crois beaucoup à la gouvernance par l’exemple, vos actes sont jugés autant, sinon plus, que vos paroles.
  • Choisir ces mots avec soin : ne jamais agir sous la colère et être poli « bonjour », « au revoir », « merci », ça à l’air idiot à dire mais cela change tout.
  • Soutenir l’équipe : rien de plus dévalorisant que la remarque devant d’autre groupe, la direction ou l’extérieur. Si conflit ou remontrances, elle se font dans l’équipe pas en public.
  • Admettre ces torts : le moins facile, car cela demande une grande confiance en soi mais c’est ce qui rapportent le plus de points de respect.

En lisant ces points, vous penserez sûrement que 1. je parle comme un vieux alors que je n’ai pas l’âge d’être vieux 2. qu’il y a un coté infantilisant dans mes points. On dirait des conseils pour l’éducation des enfants : est-ce un retour triomphale du paternalisme ? Non surtout pas, c’est justement un respect mutuel, pas un acte de soumission ni des membres de l’équipe, ni du chef. L’idée est que vous êtes entre adultes intelligents, et qu’à ce titre, le rapport doit être équitable, on n’impose pas le respect, on l’obtient pas par la force, ni par la ruse. Il existe bien d’autres éléments qui entre en jeux : le plaisir, la passion, la rigueur, la valorisation. Il  faudra que je consacre le reste de mon temps libre à écrire là-dessus.

Est-ce un grand principe ?

Universalité : oui. J’ai grandement dévié du thème de la gestion de projet, pour aller au management de manière plus générale, en passant par de la thérapie de couple ou l’éducation. Si ça, ce n’est pas universel.

Et comme d’habitude, en me relisant, j’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes (c’est normal, c’est mon point de vue), n’hésitez pas à me contredire. Le dialogue est le seul moyen de progresser.

Donc jamais d’équipe sans chef

Quelques liens

https://www.officevibe.com/blog/difference-between-a-boss-and-a-leader-infographic

http://www.myrhline.com/actualite-rh/une-entreprise-sans-manager-est-ce-possible.html

http://www.alternatives-economiques.fr/-virez-tous-les-managers–_fr_art_634_57665.html

Très important : http://www.duperrin.com/2012/03/22/lentreprise-sans-manager-nest-pas-lentreprise-sans-management/

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notes

  1. Genése 2:18
  2. oui, je crois au leader naturel, chaque personne possède une aptitude de base qu’elle peut perfectionner par la formation ou la pratique, mais certains ont ce talent naturel, c’est donc plus facile pour eux
  3.  http://blogconsultantfrance.blogspot.fr/2008/08/les-14-principes-du-management-de-henri.html