Récolements : Bons plans ??

Comment vous dire, dans mon travail, je suis souvent confronté à des plans. Projets, exécution et récolements, de toutes sortes. Sont-ils toujours bons ? Non. Mais ceux qui m’énervent le plus c’est bien les récolements !!

Attention, je parle de travaux publics et de pose de réseaux, je ne connais pas assez les plans de récolements dans le bâtiment pour me permettre de critiquer (et la problématique est sans doute différente).

Comme disait mon père, un ordre bien commandé est à moitié exécuté, voici donc quelques conseils aux maîtres d’ouvrage.

Recollement ou Récolement ?

Recollement, subst. masc.a) Action de recoller. b) Physiol., vieilli. Fait de se rejoindre, de se cicatriser. Il vaut (…) mieux (…) faire un amincissement localisé de la corne et l’assouplir pour hâter et favoriser le recollement des deux lèvres (Garcin,Guide vétér., 1944, p. 165). [ʀ əkɔlmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1878. 1reattest. 1834 le recollement de la peau (Journ. de méd. et de chir. pratiques, V, p. 363, titre ds Quem. DDL t. 8); de recoller, suff. -ment1*. (source http://www.cnrtl.fr/definition/recollement)

Donc à moins de le recouvrir de ruban adhésif, un plan n’est pas de recollement, par contre vous pouvez recoller un plan, mais je m’égare.

Mais c’est quoi alors ce verbe « récoler » ?

recolere « pratiquer de nouveau » d’où « repasser dans son esprit », « passer en revue ». Le récolement est une opération qui consiste à vérifier des objets contenus dans un inventaire. Je reprends mon dico pour être complet :

Opération consistant à dénombrer un ensemble d’objets répertoriés dans un inventaire, ou à vérifier la conformité d’une opération, d’un objet à un ensemble de règlements ou de prescriptions contractuelles; p. méton., procès-verbal de cette opération. (source http://www.cnrtl.fr/definition/récolement)

Donc un plan de récolement est basé sur l’inventaire de ce qui a été fait. Gardons bien ceci en tête. Ceci est d’autant plus important pour les ouvrages enterrés.

Le constat

Force est de constater que bon nombre de récolement sont plus que passable. Il y a évidemment des exceptions à la règle et beaucoup de collectivités ou entreprises ont mis en place des cahiers des charges ou des obligations pour améliorer la qualité des rendus. Mais, il ne faut pas se le cacher il y a encore du boulot car bien souvent ce sont ces mêmes cahiers des charges qui peuvent figer des inepties (à mon sens, bien sûr).

Je ne jette d’ailleurs pas la pierre à celui qui fait les plans (géomètre par exemple) mais plutôt au donneur d’ordres qui laisse passer et à l’entreprise qui réalise les travaux pour qui récolement = contraintes.

1. le format du rendu

Je vais commencer par la fin, le rendu final qui est pour moi le point de départ de toutes les erreurs, le .DWG. J’ai rien contre contre autocad, c’est un excellent logiciel, mais il faut avouer qu’il est très mal utiliser. Utiliser et demander des plans réseaux en format «autocad», c’est le pire, c’est utiliser un paquebot pour écraser une mouche, c’est demander un format excel pour un carnet d’adresse. Ça marche mais… J’avoue que je suis toujours surpris de voir comment des entreprises ont réussi à ancrer une culture et des automatismes dans la tête des gens, au point de faire croire qu’ils sont la norme !!!

Le DWG n’est pas un format standard, même s’il s’est imposé partout :

Il y a diverses requêtes pour que le format DWG soit contrôlé8. C’est Autodesk qui décide et valide le format DWG en tant que format natif pour ses applications CAD. Autodesk vend des bibliothèques en lecture écriture, appelées RealDWG9, dans des conditions d’octroi de licences à l’utilisation sélective, pour des applications non concurrentielles uniquement.

Beaucoup de compagnies se sont attachées à réaliser une Rétro-ingénierie du format DWG de Autodesk’s, et offrent des bibliothèques pour lire et écrire le format DWG. (source https://fr.wikipedia.org/wiki/Open_Design_Alliance )

Son copain le .DXF, bien que propriétaire aussi, est dans une situation de semi-public. mais bon’ c’est pas le sujet.

Je ne parle du coût du logiciel, des versions R12, R14… qui implique la course à l’armement et au achat continu… Donc quand je vois des demandes en DWG, je bondis mais soit si le reste suit on va s’en contenter, mais le pire, c’est de voir des demandes que en PDF ou 5 exemplaires PAPIER. On sent que cette partie du cahier n’a pas été souvent relu.

2. Le rendu

Mais quels sont, exactement,  mes reproches ?? Prenons des exemples

exemple 1

exemple plan 1
exemple plan 1

Il paraît pas mal comme ça, et une petite commune du coin l’a trouvé parfait. Vu qu’elle en fait pleins de A3 pour le fontainier et qu’elle le range le reste dans un placard, c’est vrai que c’est suffisant. Enfin, c’était suffisant il y a quelques décennies en arrière. Aujourd’hui va falloir plus, notamment pour répondre aux obligations DT-DICT.

  1. ce plan part du plan projet, je n’ai pas scanné le plan projet mais je peux vous dire qu’ils sont jumeaux à quelques chiffres dans les cases près, le tracé lui est le même.
  2. les cotations et triangulations (si utiles sur le terrain), sont prises sur des éléments difficilement repérables sur le terrain ou sur plan. Les points plans sont des bouches à clef de l’eau potable, qui comme tout le monde le sait ne disparaissent jamais sous les enrobés. Pire, si le tracé se base sur le plan projet, le placement des BàC provient d’un précédent récolement, qui doit être aussi précis que celui-là !
  3. Les infos sur les ouvrages se limitent à se que vous voyez dans les étiquettes… Vous voyez le PR (poste de refoulement) au milieu, y a pas d’étiquette…donc y’a pas d’infos.
  4. Cela ne se voit pas sur l’image mais le chantier à eu lieu dans l’Espace…Il n’y a aucune référence de coordonnées, de repères géodésiques ou même de référence (je suis en IGN69, en 78 en EPF1952 ???)
  5. etc.

C’est un cas extrême, oui et non. C’est plus comme ça. Ce document accepté et payé pour des travaux faits en 2013, c’est clairement pas si vieux……

exemple 2, un peu mieux

Bourg_dwgC’est un extrait mais on peut déjà voir quelques améliorations

  1. les repères sont pris depuis des coins de maisons visibles sur le terrain
  2. J’ai des fils d’eau aval et amont sur des tronçons dont je connais le matériau par la légende.
  3. Il est propre en référence (pas en XY mais en Z) peut-être parce-que basé sur un plan topo 😉

Si je devais choisir, le premier semble joli mais c’est de la daube, le deuxième peut être amélioré au rendu mais est réellement exploitable.

Se faire un bon plan

Alors, je vais surtout vous dire que la perfection n’est pas de ce monde, et que ne travaillant que ponctuellement sur des plans de récolement, je ne suis sûrement pas le mieux placer pour me plaindre, mais je vais quand même mon avis, na ! Surtout d’un point de vue d’un sigiste.

  1. Le plan de récolement doit être fait par un géomètre (et pas le dessinateur projet), l’idéal étant que le géomètre ne soit pas rémunéré par l’entreprise. En gros, les plans de récolement, comme les autres tests et contrôle, doivent être externe et non inclus dans le marché de travaux.
  2. Il ne faut fournir que le schéma des travaux au géomètre, ou pire l’emprise. On est ainsi sûr qu’il s’agit d’un relevé et pas d’un copier-coller du projet.

Techniquement :

  1. Des références claires et indiquées, si possible. Des ouvrages systématiquement repérés en X,Y,Z suivant des coordonnées LAMBERT,
  2. Ne plus travailler sous DWG ou DXF et utiliser des formats SIG (même si on retrouve le problème du format propriétaire). Pourquoi ? Pour pouvoir avoir des attributs (déjà) et des attributs correctement renseignés, je développe avec les attributs qui me semble MINIMAUX et INDISPENSABLES :
    1. Canalisations (lignes) : matériaux, type (refoulement-gravitaire…), diamètre, date de pose, entreprise, fil d’eau amont, fil d’eau aval, longueur (éventuellement). Les noeuds de départ et de fin au ras des ouvrages.
    2. Regards, boîtes de branchements (ponctuel) : matériaux, fil d’eau radier…Éventuellement, le nombre d’entrée et le nombre de sorties, préfa (nom du fabricant) ou maçonnés, date de pose.
    3. Les ouvrages complexes, regards coulés (polygone, on doit avoir la forme à l’échelle) : matériaux, altitude fond radier…l’idéal peut-être un lien vers des documents techniques (oui là les plans techniques précis peuvent être utile) mais normalement, ils font l’objet du DIUO (y’a pas mal à dire là aussi).
    4. Pour l’eau potable : la fontainerie : type, matériaux, marque, date de pose, etc je sais que les collègues AEP sont friands des infos comme « normalement ouverts » ou fermé, sens horaires ou anti-horaire……
    5. Les tampons et couvercles des ouvrages, parties visibles doivent être à part (en ponctuel). Je pense notamment au tampons décalés ou de forme zarbi par rapport à l’ouvrage : type, matériaux, altitude, date de pose…
    6. les cotations sont des repères par rapport à des points fixes facilement identifiables. Ils sont là à titre indicatif, pour relier le plan au terrain sur le terrain. même si elle ne me servent à rien en SIG. On peut très bien imaginer en 2015 des petits appareils équipés de GPS qui aiderait à se placer au bon endroit sur le terrain avec une carto réseaux, il pourrait même faire téléphone en même temps, mais je rêve. De plus, le type sur le terrain est rarement au centimètre près. Et quand bien même il le serait, alors il faut lui fournir des instruments plus précis.
    7. et j’en oublie.

En tant que sigiste amateur et par défaut, je me dis qu’un bon  .CSV avec les coordonnées des ouvrages et les infos nécessaires (à définir AVANT avec le Maitre d’ouvrage) me suffit amplement.

conclusions

En fait, quand je relis ce que j’écris je me demande encore pourquoi, alors que les logiciels de SIG (gratuits, faciles) sont pléthores, y compris chez autodesk (mais pas gratuits), on n’arrive pas à avoir des plans directement, facilement intégrables et exploitables.

Quand je vois le coût, en temps et en argent, de la vérification, intégration, et surtout de la re-saisie d’informations qui devraient être disponibles. Cela m’énerve un peu. Mais comme indiqué, cela n’est pas la faute des entreprises et/ou des géomètres mais bien de ces maitres d’ouvrage (preuve ci-dessous) qui se contentent de ce qu’ils voient et donc le cahier des charges se résume à 5 plans en A3. Ce sont les mêmes qui râlent que les plans ne sont pas à jour ou que le BE qui doit faire les calculs de bassins versants coûtent un bras parce-qu’il faut renumérisé et retourné sur le terrain pour combler les manques.

Je n’ai sûrement pas été très objectif, mais c’est le but d’un billet de (mauvaise) humeur. Je le reprendrai à tête reposée dès que j’aurais des lecteurs…

cctp bien rédigé
cctp bien rédigé, on néglige trop souvent l’importance de la chemise à sangle ! En fait, il n’y a pas d’ensemble des pièces énumérées…