dispute bagarre

Engueulez-vous ! ce n’est pas grave.

Dans bien des situations, il est plus raisonnable de rester tranquille dans son coin, mais certaines fois, et parce-qu’il est difficile de se retenir, un bon coup de gueule est plus bénéfique que le silence.

Éloge ou pas

Attention, ne vous méprenez pas, je ne vous invite à beugler comme des idiots tous les matins parce-qu’il pleut, que le café est chaud ou froid, que vous êtes de mauvaise humeur. Ceci est contre productif et seuls quelques colériques patentés en sont capables et sont royalement détestés, à juste titre, de leurs collègues. A force de gueuler et de s’engueuler pour tout et rien, soit on vous ignore, soit on vous vire, soit on démissionne (je vous le conseille si votre chef est comme ça).

Donc ce n’est pas le sujet. Je vous parle des gens qui s’entendent bien en général et en apparence, un bon coup de gueule et une « saine » colère 1 peut mettre de l’huile dans les rouages.

Je vais toutefois définir les termes que j’emploie : coup de gueule est, pour moi, une « dispute » unilatérale, vous explosez et personne ne répond. Ce n’est pas l’idéal car soit la non réponse est la preuve que vous avez raison, soit que tout le monde s’en fiche. Dans ce cas, j’aurais, par provocation, envie de dire, allez plus loin, demandez une réponse. Cela peut déboucher sur la dispute, échange peu réfléchi il est vrai, mais parfois salvateur comme je vais tenter de le démontrer après. L’engueulade peut recouper les 2, action d’engueuler ou s’engueuler, même si le terme inclut un langage souvent fleuri, je préfère de loin ce terme argotique à réprimande, altercation, accrochage… donc excusez-moi du vocable employé mais il reflète le mieux la situation.

Contexte d’altercation

Ah flûte, j’ai utilisé altercation… Remettons la sortie de gonds dans le contexte actuel et dans le contexte entreprise 2.

cassé par les autres
harcèlement

De nos jours, il ne faut plus gueuler, il y a un coté ridicule à s’engueuler pourtant la violence n’a jamais été aussi présente dans les relations. La tyrannie du cool est bien présente, sous les sourires, on se tire dans les pattes, on se dénigre, on se pique le poste mais on ne va pas se faire une remarque désobligeante de peur d’être le méchant, d’heurter une sensibilité. Alors oui, 99% des situations devraient se régler et se règle par une discussion entre personnes intelligentes, on doit pouvoir se dire les choses, exprimer les problèmes et les solutions sans s’engueuler. Mais si les attaques verbales se sont assagies, le conflit se déplace sur le plan psychologique, ce qui est à mon avis plus grave.

Nous sommes bercés de l’illusion d’un non-conflit (ça va ? oui tout va bien….), qui en fait, s’il n’est pas exprimé, le conflit devient larvé, il court insidieusement, source de rumeurs, de coup-bas, calomnies, d’humiliations, et mauvaise « note » avec le sourire. La colère est l’expression d’une frustration. A trop remonter la pendule, il faut bien qu’à un moment cela lâche : engueulades, certes, déplacement du problème dans la sphère privée ou à l’extrême dépression, burn-out, violence physique ou moral. Quand cela me va pas, il faut le dire.

Pour ma part, je pense que le contexte (très américain) de la procédure pour harcèlement, de l’arrêt pour dépression, du simple regard des autres, rend tout le monde plus ou moins pusillanime, du coup, on tombe dans l’excès inverse ou on entend que tel chef ou autre n’ose rien dire, recadrer un fainéant, un retardataire, qu’un collègue reprend  le boulot mal fait d’untel sans oser se plaindre. Le verbe oser est important ici.

Personne n’aime le conflit, mais personne ne supporte la politique de l’autruche… Donc quand la colère monte, sachons mettre cet état à profit et à en retirer un plus.

Pendant l’engueulade

Ou l’art de bien s’engueuler.  Non, c’est vrai, c’est important. Il faut surtout retenir qu’il ne faut pas attendre le bout du bout, l’explosion totale synonyme de guerre ou destruction massive, l’objectif est de ne justement pas atteindre la colère incontrôlée (la bave aux lèvres et le mots qui dépasse la pensée) et donc s’exprimer ses frustrations avant. Vous trouverez pleins de conseils sur le web pour les plus colériques d’entre vous.

Parlons donc du coup de gueule, qui ne se fait pas sous le coup de la colère (si vous en rage, faîtes une pause au lieu de partir au conflit), et donc se fait à chaud sur l’énervement. Il exprime le malaise, la frustration et doit permettre de clarifier la situation. L’autre en face, n’a peut-être pas conscience du problème, ou en a conscience mais pense que tout va bien (ça va ? oui, tout va bien !!), il faut donc s’exprimer, exprimer son ras-le-bol et avoir une réponse; d’où la situation peu confortable pour soi et pour l’autre. Pour faire simple :

  • On attaque une situation pas une personne, pas d’insultes, de dénigrements,
  • on est factuel,
  • on pose des questions, on repose la question qui n’a pas de réponse,
  • on écoute la réponse,
  • ce n’est pas une bataille, il n’y aura ni perdants, ni gagnants donc on compte pas les points,
  • pas de violences, cela paraît évident mais faut le dire.

A chaud, rien de cela n’est simple, le ton peut monter, on peut se répéter, avoir chaud, mais on reste courtois et intelligent. On ne peut s’empêcher de s’auto-débrieffer (j’aurais du dire ça, je n’aurais pas du dire cela…..) tant pis, on reprend à froid, et on note quand l’autre avait raison et quand on a été de mauvaise foi (inévitable), cela sévira plus tard.

Si vous voulez être un pro ou vous voulez faire de la politique, vous pouvez lire l’art d’avoir toujours raison de Schopenhauer mais dans la plupart des cas, on oublie les conseils dans le feu de l’action.

Pourquoi ce n’est pas grave

J’ai conscience d’interpeller en écrivant cet article, la colère et l’engueulade font partie de ces sentiments et situations extrêmes qu’il est difficile de contrôler et donc d’utiliser; On nous apprend dès le plus jeune âge à réfréner ce « moyen d’expression », alors dire que cela peut être sain, cela peut heurter.

« La colère est une émotion normale et naturelle qui peut aller de la frustration à la rage extrême, mais si elle n’est pas gérée, elle peut mener à la violence et aux comportements abusifs, explique Antoinette Giacobbe, psychothérapeute et conseillère de vie. Le pire avec la colère, c’est quand on ne l’exprime pas. Plus on la refoule, plus elle peut devenir dommageable pour la santé. »

Rage
Rage

Évacuer  ses frustrations, verbaliser ses peurs, s’engueuler est sain pour son travail, cela évite le perfide conflit larvé, mais également pour sa santé morale et physique. De façon passagère, il permet même de booster son efficacité 3.

Par ailleurs, j’ai l’habitude de dire que de se disputer avec les gens n’est pas grave : soit vous vous disputez avec un imbécile qui reste fâché, vous n’avez rien perdu puisque c’est un imbécile (il vous aime pas mais vous l’aimez pas non plus, tant pis), soit vous vous disputez avec quelqu’un d’intelligent qui sait que la crise était passagère et qui sera reconnaître ses torts et ces raisons. Et vous êtes vous même dans le cas de la 2éme personne (d’où le debrief avec vous même), n’est ce pas ? Donc tout va bien.

Et comme je disais plus haut : vous n’accumulez pas jusqu’à la rupture, vous êtes donc plus serein. Et si vous ne faîtes pas cela tous les matins, cela permet même d’établir un certain respect. Vous avez démontré que vous êtes capable de prendre position, ou de défendre un point de vue et cela, mine de rien, beaucoup l’apprécie.

Conclusions

La colère est mauvaise conseillère, mais quand la coupe est pleine, il ne sert à rien de garder, d’intériorisé. Cela est préjudiciable à votre travail, à vos relations, à votre santé mentale et physique. N’attendez pas le point de rupture, la rage dévastatrice qui va vous faire regretter le poing à travers la tête d’un collègue. Ne râlez pas pour rien, mais râler quand il le faut, tant pis si cela doit vous fâcher avec un et vous faire passer pour le méchant de service de temps en temps.

La colère est absurde, inefficace et autodestructrice. Oui sans doute, mais pour éviter la colère rageuse et le non-dit destructeur, un petit coup de gueule, un soufflage dans les bronches, aussi désagréable soit le moment, n’est peut-être pas si néfaste que cela.


 

Plus loin

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colère

http://www.carevox.fr/psycho-sexo/article/la-colere-est-elle-saine

http://www.capital.fr/carriere-management/coaching/eloge-du-coup-de-gueule-au-bureau-966293

notes

  1. Une colère saine est sans jugement sur autrui. Isabelle Filliozat L’intelligence du cœur Marabout, 1997
  2. je ne parle pas de la vie réelle mais cela peut fonctionner aussi, enfin je crois
  3. Thinking Straight While Seeing Red (2009)