Gooogle vs Autotélisme

Il y a une phrase qui m’énerve plus que tout, c’est «si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit». Surtout quand je lis cette phrase sur le blog d’un formateur en logiciel libre !!! Là, je crois que c’est le paroxysme. Donc mauvaise humeur…

Définition

Comme d’habitude, je vais définir les termes pour qu’il n’y ai pas de confusion.

Autotélisme, outre le fait que ce n’est pas si facile que ça à placer dans une conversation avec votre gardienne d’immeuble, surtout si elle y ai un peu réfractaire, compte-tenu du peu de pourboires que cela génère, mais quand même temps, elle en fait souvent sans s’en rendre compte.

Donc autotélisme, je vous invite à lire l’excellent article de Danielle BOUTET sur recitsdartistes.org et je me permet de citer ce passage comme définition car je ne trouverais jamais mieux.

L’autotélisme, c’est la capacité de s’investir dans une activité sans en attendre de récompense extérieure (salaire, compliment, récompense, etc.) ou sans y être contraint, pour la simple gratification que nous procure l’activité en elle-même. Selon Csikszentmihalyi, la capacité autotélique est un facteur clé dans la réalisation de soi. Ces activités peuvent être professionnelles, artistiques, créatrices, sportives ou de loisir… ce qui en définit la valeur, c’est que nous aimons les faire, nous les faisons pour le plaisir ou l’importance de les faire.

Quel rapport avec Google ?

J’ai pris gooogle mais cela marche avec n’importe quel autre grooosse ou petite boîte qui fournit des appli, des contenus gratuits tout en essayant d’en tirer profit. Elles sont la cause de cette petite phrase énervante.

En fait, ces majors sont des régies publicitaires, leur but est d’augmenter leurs bases de données sur nos centres d’intérêts pour mieux nous faire croire que le bonheur est d’avoir de l’avoir plein nos armoires (comme dit le chanteur). On attire le pigeon, dont moi, par la gratuité pour mieux le disséquer. Je ne vais pas faire l’article là-dessus, des tas de site le font (exemple : pourquoi ne pas utiliser chrome ).

Malheureusement, tout le monde le sait, mais s’en fout ou assume.  Mais ce genre d’attitude, les freemiums (fut un temps on appelait ça des sharewares, je crois), les free-to-play (moi je dis free-to-pay) donne l’image que plus rien n’est gratuit. Pire, si c’est gratuit, c’est qu’il y a un piège…

Non, non et non !

câlins gratuits
câlins gratuits

Non, rappelons que l’autotélisme n’est pas mort, et que c’est même grâce à cela que le monde tourne. Oui, j’affirme que le monde tourne grâce à l’autotélisme. Sans ça, pas de wikipédia, pas de pompiers… Attention, je ne dis pas que tous les rédacteurs WP, tous les pompiers ne sont pas à la recherche d’une gratification, ou que le type qui distribue des « free hugs » sur un campus ne le fait pas pour pécho (comme dit la pub).

Je dis juste que beaucoup de gens font tourner le monde sans forcément en demander un retour direct, pécunier, de pouvoir ou de puissance. Quand je participe à un projet libre gratuit, opensource gratuit, que je signale un bug, que je traduis un bout de l’aide, que je dessine un bouton, je ne m’attends pas à ce que des hordes de fans s’agglutinent devant ma porte. Je pense même que si c’était le cas, je ne le ferais pas. Et des milliers de gens sont comme moi : citez moi les contributeurs de libreOffice, par exemple, sur toutes ces personnes, combien s’en vantent sur leur CV ?

Pour en revenir au sujet : il y a donc une proportion très faible de profiteurs qui ruinent l’image du don désintéressé, de l’acte gratuit, ou plus exactement de l’envie de participer juste parce-que c’est cool ou que cela fait du bien à  notre humanité.

Si c’est gratuit…

Vous comprendrez donc aisément pourquoi cette phrase m’énerve, elle appuie encore plus là où cela fait mal, elle participe à l’idée que tout ce qui est gratuit est un piège… Si encore, cette phrase était ponctuée d’un « dans certains cas… » ou « Pour certains profiteurs… » pour éviter la généralisation, ça serait déjà pas mal. Finalement, lire ceci sur le blog d’un formateur en logiciel libre (que je ne citerai pas, il n’a pas besoin de pub), je ne sais pas si c’est avouer qu’il prend ses clients pour des pigeons ou s’il n’a rien compris.

Il aurait presque pu enchaîner avec cette autre phrase qui m’exaspère : si c’est gratuit, c’est que cela ne vaut rien (entendu de la bouche d’un directeur général). Allez dire à tous les bénévoles que leur travail ne vaut rien parce-qu’ils ne sont pas payés…Je rédige sous wordpress, et j’ai rien payé pour l’installer, ça doit être de la daube, il faut vite que je trouve un blog payant 😉

Attention, ne vous méprenez pas, je n’ai rien contre le fait de gagner de l’argent à partir de choses gratuites, il faut bien vivre. Je n’ai rien contre google, les règles du jeu sont claires, j’ai des comptes google et je reçois des pubs ciblées, et « what else » (saleté de pub…). Et l’un des plus grand challenge de ces temps, c’est de développer cet autotélisme pour se réaliser, y compris dans son job, ce n’est donc pas incompatible avec gagner de l’argent, c’est juste à ne pas mettre sur le même plan.

Pour finir

La prochaine que l’on vous dira « si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit », regarder de quoi on parle, si c’est effectivement le cas ou pas, car ce n’est pas une généralité, c’est même l’inverse, et rappelez-vous de l’autotélisme (cela vous donnera l’occasion de placer le mot à votre gardienne) et de tous ceux, dont vous j’en suis sûr, qui autour de vous  le pratique.