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Quelle différence entre « nudge » et « poka-yoke » ?

C’est sans doute parce-que je suis en train de lire Nudge – La méthode douce pour inspirer la bonne décision en anglais : ‘Nudge: Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness », livre écrit par Richard Thaler, économiste à l’université de Chicago, et par Cass R. Sunstein, professeur à l’université de droit de Harvard, que je me pose la question. Mais je suis sûr que vous vous êtes posé cette même question de nombreuses fois et devant le peu d’écrit sur le sujet, vous avez renoncé ! Et bien voilà, je m’y colle.

Le premier qui dit qu’il n’y a que moi pour se poser ce genre de question…a sûrement raison.

C’est quoi «nudge» ?

Nudge, c’est le petit coup de pouce, l’encouragement. C’est aussi le terme utilisé pour désigner le «paternalisme libertarien». L’idée de départ est de dire que les humains de tous les jours sont obligés de prendre des décisions plus ou moins importantes. Certaines sont faciles car courant et maîtrisé (choisir le parfum de sa glace) d’autres plus difficiles (choisir une assurance vie) car peu répétée dans sa vie.

Cela s’appuie également sur le fait que les humains font des choix par défaut et si cantonnent pendant longtemps.

Le nudge, c’est donc inciter les personnes à prendre la décision la meilleure pour eux, leur santé, leur famille, mais aussi les autres humains, la société, la planète…si possible par défaut. D’où le terme de paternalisme, on guide pour le bien. Mais le choix reste libre car on n’impose pas la solution. Le plus simple est de citer quelques exemples :

Cette façon de penser le choix et l’architecture du choix est assez violemment attaquée et décriée, je vous laisse lire les avantages et inconvénients très bien résumés dans le doc de la fabrique écologique 1.  Je ne vais pas m’appesantir sur le bien-fondé ou pas de la méthode. Comme toute méthode, il ne faut pas aller trop loin. Ce genre manipulation « douce » existe, le marketing, les grandes surfaces (en mettant le produit le plus à vendre à hauteur des yeux), mon banquier…, les utilisent pour vendre plus ou me diriger vers tel produit, alors finalement pourquoi ne pas en faire quelque-chose de positif et de bénéfique ?

C’est quoi «poka-yoke» ?

Pour faire simple, le japonais n’étant pas ma tasse de matcha, cela veut dire «anti-erreur». J’aime bien utiliser aussi le terme baka-yoke : anti-idiot. En françois, on appelle souvent cela un détrompeur, et il y en a partout, pour tout ou presque : prise électrique, prise USB, la porte du micro-onde, la barre à 2,30m à l’entrée du parking…etc…etc…etc… Le ou les poka-yoke sont à l’origine des techniques d’amélioration de la qualité (système Toyota), ils ont donc une application essentiellement industrielle, mais ils sont de plus en plus présents dans notre vie quotidienne pour nous empêcher de faire des erreurs, parfois fatales.

Ces systèmes permettent normalement d’éviter les erreurs « involontaires », et servent à la prévention des erreurs possibles (dans le processus qualité, on bannit les défauts en évitant les erreurs, on améliore donc la qualité). Si je ne me base que sur cette définition, je me borne à un coin coupé sur un carré pour éviter de le mettre dans le mauvais sens. Mais ce n’est pas que cela, car ils sont de plus en plus électronique ou informatique. On les taxe même d’être prédictifs ou anticipatifs. S’ils anticipent l’action, n’oriente-t-il pas le choix ?

Pas de rapport vous me direz, je n’en suis pas si sûr.

C’est quoi la différence ?

Pour parler de différence, je vais citer les points communs : doit rester simple, facile à utiliser, peu coûteux, efficace sur la majorité, régler un problème…Vous voyez pourquoi je me suis posé la question (non toujours pas, c’est pas grave, finalement moi non plus) : le nudge était pour moi du poka-yoke psychologique au lieu de physique. Mais à bien y réfléchir, il y a une différence fondamentale : le nudge se pose en méthode de choix orienté, le poka-hoke vous empêche d’agir. Donc l’un et l’autre peuvent être utiliser, dans un cas on incite, dans l’autre on empêche. Ce sont 2 utilisations différentes dont l’objectif peut être concomitant, je vais prendre 1 exemple :

réduire la vitesse des voitures

A Chicago, les autorités ont peint des bandes de plus en rapprochées qui par illusion d’optique vous trompe sur votre vitesse, et donc vous font ralentir. Ça c’est nudge. D’un autre côté, les ingénieurs développent des systèmes qui vous empêchent de vous rentrer dedans, ça c’est poka-yoke.

Par contre, j’ai un piège :

sas vélo montréal
sas vélo de Montréal

Les sas vélo de Montréal2, qui permettent aux vélos de prendre les virages à gauche. Cela permet au vélo de se faire voir pour tourner à droite et cela leur évite d’être coincés entre deux voitures. C’est du nudge, la couleur, la place, ou c’est baka-yoke en mettant une protection. Je ne sais pas, je cherche encore. Donnez-moi votre avis en commentaire.

C’est quoi la conclusion ?

Bon, d’accord, j’avoue le nudge et le poka-yoke n’ont pas grand chose en commun. Le nudge s’applique à tous les domaines (économie, environnement…) et s’appuie sur des ressorts psychologiques. Le poka-yoke s’appuie sur les propriétés mécaniques ou électroniques. Nudge est une architecture du choix, privilégiant l’option par défaut la plus profitable à celui qui la fait, pour son « bien ». Le poka vous évite de vous tromper, voire de vous tuer, et ne vous donne pas le choix.

Les deux sont donc indépendants, mais peuvent fonctionner ensemble (cf. la réduction de la vitesse). Ma conclusion finale est de me dire que cette question n’était donc pas la meilleure, mais elle m’a permis de faire le point sur ces 2 notions (et hop, pirouette !).

C’est quoi les liens ?

Pour le nudge

Pour le Poka-yoke

notes

  1. http://fr.slideshare.net/lafabriqueecolo/note-nudges-vp-52754031
  2. Je ne parle pas des sas français qui ne sont généralement pas peints donc invisibles!